Entre l’absurdité et le chant d’espérance de Jean d’Ormesson

Alors que j’écrivais ces lignes, mourait Jean d’Ormesson. Je voudrais ici lui rendre hommage. Avec quelques autres, nombreux, il fait partie de mon Panthéon personnel. Va-t-il rejoindre l’Éternel ? Pour l’heure il demeure parmi nous. Ses livres nous accompagnent.

 

 

 

L’univers a une histoire, nous dit Jean d’Ormesson dans son livre « Comme un chant d’espérance » (1), quand longtemps il ne fut que présence, espace sensible de l’homme. Alors que les Anciens l’appréhendaient comme un ensemble immobile et éternel, nous savons depuis, grâce à la science, que notre univers n’est que mouvement, qu’il a une origine, celle du Big Bang, et qu’il connaîtra une fin, cheminant inexorablement vers un terme dont les modalités restent incertaines (contraction et incandescence ou expansion et glaciation). Mais bien avant cela, lointain horizon, aura disparu le soleil après que la Terre sera redevenue inhabitable depuis belle lurette.

Il y a donc bien une histoire de l’univers avec un début que l’on peut situer à 13 milliards et 700 millions d’années derrière nous et un terme à peu près aussi éloigné. Il y a une histoire de l’univers comme il y a une histoire de l’humanité dont les balbutiements remontent à près de 100 000 ans et dont la fin serait proche, peut-être dans moins de deux siècles, à considérer l’avis des scientifiques (2).

Bien avant que la science ne fît tomber l’illusion d’éternité du monde dans laquelle vivaient nos ancêtres, un livre, la Bible, considéra ce monde comme une création dont la genèse et le terme sont l’œuvre d’un dieu créateur et maître de l’univers. Selon la Bible, Dieu est Éternité, cette éternité que nous pouvons situer hors des limites de l’univers et où nos âmes se retrouveront lorsque, par-delà la mort, elles seront conviées à rejoindre leur Seigneur et Maître. La croyance en une éternité spirituelle se substitue ici à l’illusion d’éternité matérielle des Anciens.

Contrepoint apporté à la croyance et à l’illusion, la certitude scientifique : celle d’une origine et d’un terme matériel de l’univers, de la vie sur Terre et de l’humanité dont les jours seraient désormais comptés. Pour la science, l’éternité, que d’aucuns nomment Dieu, ne saurait s’appliquer au monde ; elle le précède et elle lui succèdera aussi, probablement (à moins que notre monde ne se fonde en un autre univers). La fin du monde aura donc lieu, que cette fin soit naturelle, qu’elle soit décidée par Dieu ou bien encore, ce qui est probable, qu’elle soit provoquée par l’homme.

Au début, nous apprend la science, il n’y avait qu’un tout petit rien, et ce tout petit rien sorti de l’éternité et du néant renfermait l’univers à venir. Ce fut le Big Bang. Bien plus tard, sur la planète Terre, quand les conditions requises furent réunies, advint la vie. Le reste, dont nous-mêmes, n’est que le fruit du hasard et de la nécessité qui, partant de la simple bactérie, en passant par la plante puis par l’animal, donna l’homme quand se redressa l’australopithèque, qu’homo habilis puis homo erectus apprirent à se servir de leurs mains pour confectionner des outils et se défendre et qu’homo sapiens commença à parler et à penser. Naissance de l’humanité.

« Il n’y a qu’un choix, en fin de compte, nous dit Jean d’Ormesson, et tout se joue dans ce choix : entre le néant travaillé par le hasard et Dieu. Nous ne pouvons rien savoir du néant avant le big bang ni du néant après notre vie.  Les choses sont si bien tricotées que le mur de Planck et le mur de la mort sont également infranchissables.  Mais nous pouvons nous faire une idée de ce qui est possible et de ce qui est impossible. Si l’univers est le fruit du hasard, si nous ne sommes rien d’autre qu’un assemblage à la va-comme-je-te pousse de particules périssables, nous n’avons pas la moindre chance d’espérer quoi que ce soit après la mort inéluctable. Si Dieu, en revanche, et ce que nous appelons – à tort- son esprit et sa volonté sont à l’origine de l’univers, tout est possible. Même l’invraisemblable. D’un côté, la certitude de l’absurde. De l’autre, la chance du mystère. »

Sortis du néant et de l’éternité, il y a ce presque rien, l’univers, le soleil et la Terre, la vie et l’homme, roseau pensant de Pascal, conscient de lui-même, de sa fragilité et de sa finitude ; après cela, il y a la mort, la disparition de la Terre, du soleil, de l’univers qui s’évanouiront dans le néant et se perdront dans l’éternité. Telle est la certitude de l’absurde où nous porte la connaissance : absurdité d’une histoire qui, à se fondre dans le vide, n’aurait aucun sens. Nous en sommes là. Notre connaissance du monde nous a conduit à admettre que nous ne sommes pas au centre de l’univers et que la Terre tourne autour du soleil. Scandale ! Première blessure d’amour-propre. Après cela, nous avons appris que l’homme n’est que l’extrémité d’une branche de l’évolution animale sortie du vivant unicellulaire. Le singe est notre parent proche. Effarant ! Seconde blessure d’amour-propre. Et ce n’était pas fini car il apparaît, nous asséna Freud, que nous sommes guidés par notre inconscient plutôt que par la volonté consciente. C’est à ne pas croire ! Et maintenant, la science nous affirme que tout ce que nous sommes et tout ce qui nous entoure au plus loin que porte notre regard, chemine inexorablement vers son terme. Là, c’est carrément à désespérer ! Quel chemin de croix pour qui se pensait au cœur de tout, compensation narcissique à qui éprouve le malheur d’une condition humaine consciente de son insignifiance et de son impuissance devant la force d’une nature sauvage et tonitruante. Aujourd’hui, le progrès permet au roseau pensant de rivaliser avec la nature et de la dominer au moins partiellement. Mais ce qui pourrait apparaître comme une victoire de la civilisation et de la connaissance scientifique se paye au prix fort de l’angoisse, de la désespérance et même de la folie quand la réalité se découvre bornée autant qu’emplie par le non-sens. Toute chose, quelle qu’elle soit, n’a de sens que pour le temps qu’elle dure ; au-delà tout sens se perd dans le vide. L’absurdité nous recouvre. Voilà ce que notre époque nous révèle et voilà pourquoi Cioran, cité par Jean d’Ormesson, un homme dont le regard était dépouillé de toute illusion, pouvait écrire : « Les enfants que je n’ai pas eus ne savent pas tout ce qu’ils me doivent ».

Alors oui, Dieu pourrait bien être le sauveur, celui qui donne sens au vide, au rien, à l’infini, au néant, à l’éternité, au début et à la fin. Dieu serait tout cela, au rendez-vous de l’alfa et de l’oméga, il serait lieu de l’Éternité, de l’infini, du néant et du vide qui est en même temps lieu de la plénitude. Dieu plutôt que l’absurdité, celle de notre condition et de la mort, la nôtre, à titre individuel, et celle de l’humanité appelée à disparaître. Dieu serait ce sens qui nous est indispensable depuis que notre ancêtre, en accédant au langage, s’est mis à penser et à souffrir, gardant en mémoire ses déconvenues et s’angoissant du lendemain et de sa mort.

Mais Dieu est mort proclama Nietzsche. On le déplore. Plus rien ne saurait plus avoir de sens. Des tentatives pour le faire renaître ou maintenir l’illusion de Sa présence se dressent ici et là parmi la communauté juive qui s’enorgueillit de l’avoir révélé au monde ou parmi la communauté musulmane qui se flatte d’avoir recueilli son ultime message. Mais Dieu est bel et bien mort depuis que l’homme s’est émancipé pour prendre en main son destin. La science et le progrès technique lui permettent désormais de ne plus se sentir dominé par la nature ; pis, ce progrès lui permet de la détruire à petit feu ou de la ravager en quelques secondes seulement en appuyant sur un simple bouton d’où sortira l’apocalypse. Fin de 100 000 ans d’évolution. Fin de toute forme de civilisation sur Terre. Fin de l’humanité, de son histoire, de ses merveilles, de son génie. En appuyant sur un bouton, l’homme peut en finir avec lui-même et avec la création. Tout cela nous le savons. Et tout cela, selon toute probabilité, se produira tôt ou tard et sans doute avant que n’advienne le XXIIIème siècle.  Dieu est donc bien mort car Il ne saurait autoriser Sa créature à siffler la fin de la partie à Sa place et jamais il ne l’autorisait à détruire Son œuvre.

Jean d’Ormesson sait tout cela, exprimant à sa manière pourquoi nous en sommes là : « Tout se passe dans ce monde comme si Dieu avait confié ses pouvoirs au temps, appuyé sur le hasard et la nécessité… Il s’est rendu inutile à la marche du monde ». Et voilà où cela mena. Coupable confiance ? Négligence ? On ne saurait l’admettre du Tout-puissant. Indifférence alors, chaque élément de l’univers étant livré à son propre sort ? Mais, l’auteur du chant d’espérance ne peut se résigner à pareille hypothèse estimant qu’il est « impossible que l’ordre de l’univers plongé dans le temps, avec ses lois et sa rigueur, soit le fruit du hasard. Du coup, le mal et la souffrance prennent un sens – inconnu de nous, bien entendu, mais malgré tout, un sens. Du coup, convient-il, je m’en remets à quelque chose d’énigmatique qui est très haut au-dessus de moi et dont je suis la créature et le jouet ». Du fond de son être, Jean d’Ormesson ne peut se résigner à concevoir le monde sans qu’existe un lien privilégié et de réciprocité entre Dieu et l’homme. « Dieu n’est rien sans les hommes », écrit-il, et « Sans Dieu, il n’y aurait pas d’histoire, mais ce sont les hommes qui font l’histoire… avec ses sens et sa pensée, l’homme crée une seconde fois le monde tiré par Dieu du néant infini et de l’éternité du rien ». Ainsi, peut-on conclure avec lui : « Le monde n’existerait pas sans Dieu et il ne serait rien sans les hommes ».

Entre absurdité et chant d’espérance : avons-nous encore le choix ? Il est à craindre que la réponse ne soit apportée dans un proche avenir. À moins que d’ici-là, nous prenant de vitesse, comme l’imaginait Jean d’Ormesson dans « Le rapport Gabriel », ne s’abatte sur nos têtes la divine colère comme cela fut du temps de Noé.

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-1 « Comme un chant d’espérance », Éditions Éloïse d’Ormesson, 2014.

-2 D’après les scientifiques qui règlent l’horloge de l’apocalypse, il ne nous resterait que 2 minutes et 30 secondes avant que l’aiguille n’atteigne l’heure fatale de minuit qui sonnera la fin du monde. Or, l’humanité ayant environ 100 000 ans d’existence, chaque minute représente alors une durée d’environ 70 ans (100 000/1440 – 24×60). En 2018, compte-tenu des nouvelles données concernant la Corée du Nord, il est probable que nous perdions encore 30 secondes.

 

 

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Horloge de l’apocalypse : quand la fin du monde se rapproche dangereusement.

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Dans deux minutes et trente secondes, l’horloge de l’apocalypse affichera minuit, une heure que nul ne pourra nommer puisque personne ne survivra.

Cette heure est celle qui marque la fin du monde, c’est à dire la fin de l’humanité et peut-être, également, celle de la pulvérisation de notre planète qui aurait pour effet d’accorder sa liberté à la Lune.

La vidéo qui suit nous donne un aperçu de ce qu’est l’horloge de l’apocalypse, une métaphore imaginée par les scientifiques quand ceux-ci ont pris conscience que l’homme dispose des moyens physiques de son autodestruction.

C’était en 1947, deux ans après que deux bombes atomiques ont réduit en cendres les villes japonaises de Hiroshima et de Nagasaki et alors que l’URSS mettait au point sa propre bombe, une arme dite de destruction massive qui, devenant bombe H (H comme hydrogène, dite aussi bombe thermonucléaire), avant que naisse la bombe à neutrons (officiellement interdite), méritait déjà le terme d’arme d’anéantissement, d’arme fatale.

https://www.youtube.com/watch?v=vWEb2Wd2BgY&t=3s

En 2017, l’horloge est donc réglée à 2mn30 de minuit quand, entre 1953 et 1963, l’aiguille était postée à 2 mn. Le monde était alors en pleine guerre froide, une guerre des nerfs qui opposait les deux superpuissances, les États-Unis et l’URSS, toutes deux dotées de centaines de bombes H qui, en moyenne, avaient une puissance environ mille fois supérieure à celle des bombes A qui, en août 1945, ont détruit les villes martyres japonaises. L’acmé de cette période de grande tension fut la crise dite des fusées de Cuba, en 1962, où le monde retint son souffle et passa, sans le savoir, tout près de la catastrophe comme on l’apprit en 2001 par les archives de l’ex-URSS. En fait, en octobre de cette année-là, l’horloge de l’apocalypse aurait pu être à moins de trente secondes de minuit car, hormis les armes nucléaires déployées sur l’île de Cuba qui menaçaient directement le territoire américain, quatre des sous-marins soviétiques engagés dans la bataille navale qui se déroula autour de l’île étaient chargés de torpilles nucléaires. Les américains et le monde l’ignorait. Or, le 27 octobre 1962, attaqué par la marine américaine, le commandant d’un de ces sous-marins, Vassili Arkhipov, refusa d’exécuter l’ordre de lancer ses torpilles à têtes nucléaires. L’aurait-il fait, les deux Grands auraient provoqué un désastre nucléaire tel qu’il aurait rendu inhabitable l’hémisphère nord.

http://www.lepoint.fr/histoire/quand-un-officier-sovietique-empechait-une-catastrophe-nucleaire-31-10-2017-2168736_1615.php

La résolution de la crise entama une période de détente qui permit aux scientifiques de faire reculer l’horloge. Elle recula encore avec les accords sur la limitation des armements nucléaires, puis quand le Mur tomba à Berlin et plus encore lorsque la guerre froide prit fin en décembre 1991 avec la chute de l’Union soviétique. L’horloge fut réglée à moins dix-sept minutes.

Le monde respira.

Mais cet apaisement fut de courte durée et l’horloge repris rapidement sa marche en avant.

https://www.youtube.com/watch?v=9dzDllYwKNA

Aujourd’hui, des dizaines de milliers d’ogives nucléaires sont stockées ou en service, chacune d’elles renfermant une puissance allant de 400 à 100 0000 tonnes de TNT, et peut-être plus, soit 30 à plus de 6 600 fois la puissance de Little Boy, la bombe utilisée pour Hiroshima. Et un seul missile russe, appelé Satan 2 (l’équivalent existe aux États-Unis), est capable à lui seul de détruire un pays comme la France.

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/europe/faut-il-craindre-satan-2-le-nouveau-missile-nucleaire-russe_1844661.html

Aussi, grâce aux progrès scientifiques et techniques appliqués aux armes, cela fait plus de soixante-dix ans que l’homme tient son destin entre ses mains, ayant le loisir de provoquer la fin du monde qui est aussi la fin absurde de l’humanité et de son histoire singulière. Le sort du monde dépend donc de nous ; d’où la crainte affichée à l’égard des nationalismes, un nationalisme qui, depuis 2007, est devenu un critère pour les scientifiques réglant l’horloge – (1) ; d’où aussi la crainte à l’égard de ceux qui nous dirigent. Ont-ils conscience du danger et en auront-ils toujours conscience ? Les scientifiques en doutent. C’est pourquoi, par exemple, l’élection de Donald Trump fut prise en compte. Et il est probable que 2018 verra avancer l’aiguille vers minuit en raison des tensions existant entre l’Amérique de Trump et la Corée du Nord de Kim Jong-un, autre personnage éthiquement dérangé comme on dit en langage politiquement correct.

Au vingtième siècle, la science nous a révélé que la fin du monde n’est plus d’ordre divin, une croyance, mais qu’elle est une certitude liée à l’évolution naturelle de notre galaxie ; elle nous a appris aussi que, depuis Hiroshima et depuis que les activités humaines épuisent la planète et en réchauffent le climat, la question n’est plus de savoir si cette fin du monde aura lieu mais quand elle aura lieu. Bientôt répondent les hommes de science.

Cela veut dire que nous sommes en sursis et que notre survie ne tient plus qu’à un fil. Cela veut dire aussi qu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, le monde a inauguré une ère nouvelle obligeant l’humanité et ses dirigeants à rompre avec le cours d’une Histoire qui nous mène au tombeau. Retarder l’échéance fatale est la tâche assignée à notre époque, tâche quasi insurmontable puisque cet objectif contrevient à la marche du progrès qui ne connaît qu’une direction, la marche avant et que, en outre, il s’oppose au désir de l’homme assoiffé de conquêtes et de domination tel qu’il se déploie depuis l’aube des temps, un désir irrépressible ancré dans sa nature, ontologique. Ce défi a conduit à toutes sortes de décisions et de réalisations avec, notamment, la mise en place d’organismes supranationaux chargés de veiller sur le monde, d’en prévenir les conflits et de les réguler afin que ceux-ci ne puissent jamais aboutir à l’engrenage infernal qui entraînerait l’affrontement des puissances nucléaires – au nombre de neuf actuellement – (2). Qu’une seule de ces puissances appuie sur le bouton et nous y passons tous, disait en substance Hannah Arendt.

En 1945, fut donc déclarée prohibée la guerre de conquêtes qui détermina l’Histoire des cinq mille dernières années, un principe qui figure dans la Charte des Nations unies et qui est repris par de nombreux pays dont la France qui l’affirma par l’article 14 du préambule de sa constitution de 1946 : « La République française, fidèle à ses traditions, se conforme aux règles du droit public international. Elle n’entreprendra aucune guerre dans des vues de conquête et n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple ».

La quête du pouvoir et la création d’empires si chères à l’homme n’aura plus cours sur les champs de bataille mais à la bourse. Dans cette ère nouvelle, le phallus n’est plus le glaive mais l’argent et singulièrement le dollar devenu monnaie étalon ; le guerrier n’écrit plus l’Histoire et ne fait plus la Loi et il revient à la Finance et aux Marchés de faire tourner la planète (et les têtes). Hier encore, nerf de la guerre, l’argent était mis au service du glaive alors que, désormais, c’est le glaive qui est mis au service de l’argent, la force militaire étant subordonnée à la puissance financière ainsi qu’à la conquête des marchés – (3). Inversion de valeurs. Changement de paradigme dont nous mesurons chaque jour l’impact : ce sont les civilisations menacées d’éradication ou d’uniformisation, ce qui revient à la même chose ; c’est la politique subordonnée au pouvoir de l’argent quand, avant cela, elle s’occupait de la guerre, priorité d’où elle tirait sa légitimité, le reste n’étant qu’intendance ; ce sont l’organisation et la structure d’une société post-guerrière qui n’a plus rien de commun avec la société historique d’antan.

Tout cela suffira-t-il à sauver l’humanité ? On peut en douter.

Quoi qu’il en soit, notre époque est à nulle autre comparable en ceci qu’elle met fin à l’illusion d’éternité de notre monde, une illusion qui soutenait et animait la vie de nos ancêtres en accordant un sens à leur réalisation ou, plus modestement, à ce qu’ils croyaient être l’Œuvre du Divin. Nous savons et avons la certitude que l’humanité n’est pas éternelle et qu’elle mourra soit de mort naturelle, dans quelques milliards d’années avec l’extinction de la galaxie solaire, soit de mort lente par épuisement des ressources de la planète et par le manque d’eau potable conséquence du réchauffement climatique soit, enfin, et plus probablement, de mort subite par la guerre que se livreront les puissances nucléaires.

Sortie de presque rien par l’effet du Hasard et de la Nécessité, l’espèce humaine plongera dans le néant sans que personne n’en sache rien. L’Histoire, pas plus que notre existence, ne saurait donc avoir de sens et, sachant ce que nous savons, Hegel n’aurait probablement pas dit autre chose quand le progrès scientifique et technique nous mène irrémédiablement à notre perte.

Propos nihiliste ?

C’est ainsi que pense un homme de science comme Ernst Mayr cité par Noam Chomsky dans son essai « Dominer le monde ou sauver la planète » qui a estimé à 100 000 ans l’espérance de vie moyenne d’une espèce. Or, la nôtre approche de ce terme. Et ce n’est sans doute pas notre intelligence qui nous sauvera car, écrit Mayr, l’idée selon laquelle : « il vaut mieux être intelligent que stupide est réfutée par l’histoire de la vie sur terre, à en juger du moins par le succès biologique. En termes de survie, scarabées et bactéries réussissent infiniment mieux que les humains ».  Alors, face aux périls qui nous menacent, « Vaut-il mieux être intelligent que stupide ? ». Nous entrons dans une période de l’histoire de l’humanité, reprend Noam Chomsky, qui permettra peut-être de réponde à la question. Le mieux serait qu’elle ne le fasse pas, car, si elle apporte une réponse définitive, celle-ci, conclut-il, sera nécessairement que les humains ont été une sorte d’« erreur biologique », et qu’ils ont utilisé leurs 100 000 ans à s’autodétruire, en anéantissant bien d’autres choses avec eux. Fin de citation.

Voilà ce que nous savons depuis le milieu du vingtième siècle. Voilà aussi ce que nous préférons ignorer. Tout le monde sait, mais quand même, semblons-nous dire d’un commun accord, faisons de sorte que tout cela n’existe pas. Devant l’énormité de la chose, devant l’angoisse de mort et de néantisation que cela soulève, faisons de sorte qu’un consensus tacite soit établi pour ignorer cette néfaste réalité qui blesse notre ego, nous déboussole et contrarie notre aspiration affichée au bonheur. Plutôt se voiler la face. Plutôt biaiser avec cette réalité qui, à l’occasion, se rappelle cependant à nous, avec force, comme en 1962 à Cuba ou, plus modestement, quand la Corée du Nord procède à des essais et provoque l’Oncle Sam.

Le monde né en 1945 oscille ainsi entre l’insensé – celui de son existence – et le démenti qui recouvre cette réalité, ce mécanisme de défense bien connu qui caractérise le fonctionnement pervers de la personnalité qui ne méconnaît pas la réalité, comme peut le faire le psychotique, mais l’arrange à sa convenance ou lui en substitue une autre plus conforme à son désir. Ainsi, la caractéristique de notre société post-guerrière est le brouillage des repères à mesure qu’est gommé le réel et que décline l’ordre symbolique ; c’est aussi le dévoiement de la parole, le détournement de la fonction langagière quand la « novlangue » et le langage politiquement correct sont autant de voiles posés sur une réalité jugée cruelle ou dérangeante ou quand le langage est mis au service du marketing commercial ou politique ; c’est encore la manipulation de l’opinion, la falsification des relations interhumaines réduites à leur aspect utilitaire (celle du consommateur) ou rendues virtuelles ; c’est le règne de l’apparence, des illusions, des faux-semblants, de la posture et de l’imposture (Roland Gori : conférence postée sur ce site), du narcissisme ; c’est l’individualisme et l’hédonisme forcenés ; c’est la mort et le cadavre évacués de notre réalité quotidienne (Ph Ariès, P Yonnet, R Redeler)… À cela s’ajoute la rupture avec la société historique qui rend obsolète toute référence au passé et à l’Histoire ce qui a pour effet de nous enfermer dans un « ici et maintenant » ;  s’ajoute aussi la primauté accordée à l’argent, valeur soutenant la seule fonction susceptible de « structurer » la société post-guerrière – la fonction productrice -, quand la société historique qui nous précédait en reconnaissait trois, la première étant rattachée à l’ordre du sacré (la fonction sacerdotale), l’autre à la guerre, la fonction guerrière (Georges Dumézil). D’où le déclin inévitable du patriarcat qui tirait sa légitimation de ces deux fonctions surannées et de la fonction guerrière plus particulièrement, fonction supplantée par la technique des armes depuis que missiles téléguidés et drones épargnent la vie du soldat et soustraient le guerrier, l’homme mâle, aux privilèges de sa vocation sacrificielle et donc sacrée : c’est la guerre « zéro mort » des pays développés – (4).

Alors sans doute peut-on comprendre cette allégation prophétique prêtée à André Malraux : « Ce siècle sera religieux ou ne sera pas », car la seule contrepartie susceptible de nous arracher à l’absurdité du néant qui nous borne et nous ensevelit est de s’en remettre à ces religions qui nous promettent une Éternité dans l’au-delà. Ainsi peut-on entendre également ceux qui ont une approche eschatologique de l’époque et qui attachent quelque importance aux écrits apocalyptiques des textes religieux comme c’est le cas en terre d’Islam où certains musulmans se sentent menacés et craignent que les fondements de leur foi, qui sont aussi paroles de Dieu, ne soient « pollués » par les « valeurs » prônées par notre époque. Ceux-là déclarent le djihad aux infidèles comme aux musulmans qu’ils jugent égarés, ce djihad étant le seul moyen d’échapper à la fin des temps vue comme ultime sanction d’un Tout-Puissant amené à désespérer de l’homme.

Mais à considérer l’existence de Dieu, se pose alors la douloureuse question de savoir si Dieu a envisagé depuis l’origine de nous donner la possibilité de détruire Son Œuvre et, ainsi, de nous faire porter la responsabilité de ce sacrilège. En mettant fin la Création du Divin, l’homme témoignerait de son ingratitude en même temps qu’il signerait son insignifiance mais faisant cela, il lierait également un péché de l’ultime au péché originel qui entache son âme, le vouant alors, peut-être, à la damnation. Voilà matière à réflexion, sans doute, pour quelques théologiens et voilà qui, probablement, n’incite pas les musulmans les plus radicaux à se doter de l’arme nucléaire comme ils pourraient le faire au Pakistan par exemple – (5). Quel fidèle aurait l’impudence de contrevenir à la Volonté d’Allah ?

À suivre.

1- Cela vaut pour les deux Grands que sont les États-Unis et la Russie, mais aussi pour la Chine et la Corée du Nord. Si l’Europe paya un lourd tribut au nationalisme, il y a aujourd’hui peu de craintes à nourrir sur ce continent qui, pourtant, ne connut que la guerre. L’Allemagne étant interdite de détenir des armes de destruction massive, un conflit nucléaire ne saurait donc opposer que les deux seules puissances à détenir de telles armes, la France et la Grande Bretagne. Or cela fait des siècles que Français et Britanniques ont enterré la hache de guerre et on ne voit pas poindre l’ombre d’un conflit entre ces deux pays.

2- États-Unis, Russie, France, Chine, Royaume-Uni, Israël, Inde, Pakistan, Corée du Nord, en attendant l’Iran qui serait alors la dixième puissance, non pas tant pour devenir acteur de l’apocalypse que pour peser sur les décisions du Proche et du Moyen-Orient. Rappelons que le conseil de sécurité de l’ONU est formé des cinq principales puissances nucléaires.

3- Ainsi en allait-il des deux guerres menées en 19991 et 2002 contre l’Irak de Saddam Hussein qui menaçait l’équilibre de la région et celui de son ordre financier ; ainsi étaient les guerres faites aux guerres qui contrevenaient à l’équilibre du monde et à son économie ; ainsi va le déploiement des forces militaires américaines dans le Pacifique débuté sous la présidence d’Obama et poursuivi par Trump, une zone qui pourrait échapper à l’hégémonie commerciale des États-Unis, la Chine et la Russie étant visées, ce qui ne manque, d’ailleurs, d’inquiéter la Corée du Nord.

4- Quand le missile téléguidé et le drone remplacent la « chair à canon » pour les armées des pays capables de déployer et de maîtriser la haute technologie. La « guerre » technologique qui ne recourt plus au sacrifice du soldat mais à sa technicité supplante la guerre des masses dévoreuse de ses combattants. Démonstration fut faite à partir de 1991 quand l’armada levée par les EU déferla sur l’Irak de Saddam Hussein.

5-Alors que les Talibans et quelques membres éminents de Al-Qaïda occupent la région nord du Pakistan, limitrophe de l’Afghanistan.

 

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La loi travail a vu le jour il y a plus de vingt ans.

Lu dans l’excellent livre de Noam Chomsky : « Sur le contrôle de nos vies » à la page 18.

Je cite cet extrait qui s’appuie sur le World Development Report publié en 1995 par la Banque Mondiale et où il est question pour les dirigeants d’asseoir la discipline tout en sapant la sécurité des travailleurs par la menace de mutation et par ce qu’on appelle « la flexibilité du marché du travail« .

Il est essentiel, dit le rapport, d’accroître la flexibilité du travail – même si ce terme a acquis la mauvaise réputation d’être un euphémisme, synomyme de diminution des salaires et de licenciement des travailleurs (ce qui est exactement le cas) dans toutes les régions du monde… Les réformes les plus importantes impliquent la levée des contraintes pesant sur la mobilité du travail et la flexibilité des salaires, aussi bien que la suppression dans les contrats de travail de toute référence  aux services sociaux. Ce qui signifie, ajoute Noam Chomsky, supprimer les avantages et les droits acquis en des générations de haute lutte.

C’était en 1995, il y a 22 ans.

Les États-Unis adoptèrent cette mesure qui accompagna l’économie libérale et la globalisation mise en oeuvre après la rupture des accords de Bretton Woods ; la Communauté européenne issue de Maastricht en fit la promotion ; l’Allemagne de Gerhard Schröder l’appliqua dans son agenda 2010 tant vanté et présenté comme modèle par certains politiciens français comme François Bayrou ; quant à la France, il fallut attendre François Hollande et Emmanuel Macron pour la mettre en oeuvre, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy étant parvenu à en différer l’application, le premier en jouant la montre, le second en invoquant la crise issue du krach boursier de 2008. Car en effet, il est question par cette mesure de rogner les acquis sociaux si chers aux Français et qui composent une part non négligeable du pacte social scellé à la Libération.

Une page est tournée. Mais qui peut vraiment croire que tout cela va dans le bon sens, que ces décisions sont prises dans notre intérêt et que nous allons ainsi vers le meilleur des mondes ?

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La dette souveraine pour une souveraineté perdue

Depuis quelques années déjà, il est question de la dette dont le montant est devenu astronomique au point que le seul remboursement des intérêts représente désormais le deuxième poste budgétaire de l’État français (plus de 45 milliards d’euros en 2016).

Certains usent de cet état de fait pour nous culpabiliser au motif que nous coûtons trop cher (salaires et cotisations/prestations sociales trop élevés) et nous amener à accepter les recommandations de Goldman Sachs enjoignant notre gouvernement à réduire la masse salariale de 20%. D’autres, ce qui va dans le même sens, dénoncent la gabegie de l’État qui dépense trop si bien que, année après année, depuis 1974 date du dernier exercice budgétaire en équilibre, se creuse le déficit qui alimente la dette.

Pas du tout, dit un petit nombre d’économistes, dont Étienne Chouard, AJ. Holbecq ou P. Derudder, la dette ne répond pas tant à l’accumulation des déficits budgétaires qu’au fait qu’à partir de 1973 (Giscard étant ministre des Finances de G Pompidou avant d’accéder à la Présidence), obligation fut faite à l’État d’emprunter au seul secteur privé (avec intérêts donc) quand jusqu’alors il empruntait à 0% auprès de la Banque de France. Si bien qu’aujourd’hui, 45 ans plus tard, le montant cumulé des intérêts versés aux organismes prêteurs du secteur privé se monte  à environ 1 400 milliards d’euros  (estimation faite en euro courant et non en euros constant). Le montant de notre dette étant de près de 2 100 milliards d’euros, cela signifie que les 2/3 de celle-ci découlent de la décision prise en 1973. Ainsi, sans ces fichus intérêts, notre dette ne serait que de 700 milliards d’euros, une somme très supportable donc et qui, elle, étant dénuée d’intérêts, n’obérerait pas notre avenir.

Mais alors se posent quelques questions.

  • Pourquoi l’État français a-t-il pris cette décision en 1973 et pourquoi n’est-il jamais revenu dessus depuis (du moins jusqu’à 1992, date des accords de Maastricht qui généralisèrent la décision au niveau européen) ?
  • En 1973, l’État avait-il un besoin d’argent tel que les ressources de la Banque de France ne suffisaient pas ?
  • En 1973, emprunter aux marchés financiers (banques privées, fonds d’investissements, assurances), pour des dépenses d’investissements lourds, représentait-il une alternative aux emprunts du type Pinay (1952) ou Giscard (1973) qui tous deux ont coûté un bras, indexés malencontreusement sur le Napoléon pour l’un, sur l’or pour l’autre, l’emprunt Giscard ayant ainsi coûté la coquette somme de 76,7 milliards de francs pour 6 récoltés ?
  • Autre souci de l’époque, l’inflation qui, couplée aux dévaluations, était un fléau. En 1973, n’était-ce pas là la raison principale du choix comme elle fut, aux États-Unis, la raison qui poussa à la rupture des accords de Bretton Woods (une inflation américaine due en grande partie au fardeau de la guerre au Vietnam selon Noam Chomsky) ?
  • Cette décision d’emprunter uniquement sur les marchés financiers privés n’est-elle pas aussi une des conséquences indirecte de la fin des accords de Bretton Woods qui, en désindexant le dollar de l’or, entraîna le flottement des monnaies liées à un étalon dollar instable et dévalué ? Aussi pour mettre un terme aux ravages causés par le couple inflation/dévaluation, ne jugea-t-on pas préférable de maintenir le recours à l’emprunt à intérêts plutôt que d’accorder aux États la facilité d’abuser de la planche à billets via les banques centrales nationales, ruinant au passage le secteur bancaire privé ?
  • Au plan européen enfin, la peur de l’inflation de triste mémoire en Allemagne, car rendue responsable de de la chute de la République Weimar et de l’accession au pouvoir d’Hitler, n’a-t-elle pas conduit à intégrer cette mesure dans le traité de Maastricht, la verrouillant par là même ?

Quoi qu’il en soit, plus de quarante années plus tard, emprunter aux marchés financiers se révèle une mesure désastreuse, les États étant désormais étranglés par leurs dettes, des dettes qui, par ailleurs, pour ce qui concerne la France, sont contractées auprès d’organismes majoritairement étrangers (une part qui tend cependant à diminuer). Si bien que non seulement les États se sont passé la corde au cou, mais de plus, ils se sont rendu totalement dépendants de l’étranger. De là, peut-être, la « sage » précaution prise par nos dirigeants en 2007 de supprimer de la constitution les crimes de haute trahison et d’attentat contre la sûreté de la République (sait-on jamais, un jour, peut-être, les Français, ouvrant les yeux, pourraient bien demander des comptes puisque ce sont eux, nos représentants, garants de notre indépendance qui, en pleine « guerre économique », ont livré le pays aux puissances d’argent majoritairement américaines ou, pour le moins, lui ont tiré une balle dans le pied).

En l’état, depuis Maastricht, aucun gouvernement de l’Union européenne ne peut décider de rompre avec cette pratique consistant à emprunter à intérêt plutôt qu’à taux nul auprès des banques centrales nationales. Pourtant, toutes les grandes nations de l’Union sont concernées par le poids de la dette y compris la vertueuse Allemagne dont la dette est de près de 2 100 milliards d’euros quand l’ensemble des pays de cette même Union traîne une dette de 12 400 milliards d’euros ce qui représente en moyenne 83,5 % du PIB européen.

Mettre un terme à ce système nécessite, en Europe, que l’unanimité soit recueillie afin de modifier l’article 123 du traité de fonctionnement de l’UE (TFUE) qui a repris l’article 104 du traité de Maastricht. Or, obsédée par son passé, l’Allemagne s’y refuserait, l’inflation étant pour elle le pire de maux (l’ombre d’Hitler plane encore sur la conscience allemande et au-delà).

Au plan national français, lors de la dernière élection présidentielle, aucun candidat, même parmi les plus « rebelles », nationalistes ou anticapitalistes, n’a sérieusement abordé cette question et proposé de revoir les modalités d’emprunt. Or, pour les nationalistes, cette question ne peut être qu’essentielle puisque le pays est captif des intérêts privés et étrangers quand les anticapitalistes ne sauraient tolérer plus longtemps cette mainmise de l’argent sur le destin des peuples. Eh bien force est de constater qui ni madame Le Pen, ni monsieur Dupont-Aignan, ni les leaders de la France anticapitaliste, ni monsieur Mélenchon, le grand insoumis, n’ont soulevé ce problème qui, en toute logique aurait dû les conduire à proposer pour le moins une modification de l’article 123 du TFUE, et, plus sérieusement, une sortie de l’UE par l’application de l’article 50 du TUE ainsi que l’ont fait les Britanniques et ainsi que le propose François Asselineau.

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VERSION CONSOLIDÉE DU

TRAITÉ SUR LE FONCTIONNEMENT DE L’UNION EUROPÉENNE

Article 123 (ex-article 101 TCE)

  1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci- après dénommées «banques centrales nationales», d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales, des instruments de leur dette est également interdite.
  2. Le paragraphe 1 ne s’applique pas aux établissements publics de crédit qui, dans le cadre de la mise à disposition de liquidités par les banques centrales, bénéficient, de la part des banques centrales nationales et de la Banque centrale européenne, du même traitement que les établissements privés de crédit.

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Sans doute la crainte du bannissement et de la mort politique a-t-elle tempéré les ardeurs de ces « opposants » au système vu le sort réservé à François Asselineau sur les médias, seul homme politique français à proposer de sortir de l’UE, préalable indispensable à qui voudrait redonner à l’État sa liberté vis-à-vis des marchés financiers. Mais, plus encore que la sortie de l’Union européenne, est tracée là, assurément, une ligne jaune absolue, une ligne rouge que nul ne saurait franchir quand bien même le système en place irait à sa perte et alors même que ce système produit des inégalités insupportables, appauvrissant les uns, nombreux, pour enrichir les autres, une poignée de milliardaires, 1826, qui possèdent à eux-seuls 7 050 milliards de dollars soit plus de la moitié de l’ensemble des dettes des pays de l’UE http://www.humanite.fr/infographie-qui-sont-les-1826-milliardaires-dans-le-monde-567260 .

Pourtant, au point où en sont les choses, alors que les États croulent sous les dettes et que l’Europe est menacée d’implosion, édifier de nouvelles règles paraît souhaitable, des règles qui permettraient que ni les États ni les marchés ne soient mis en difficulté. Ainsi, pourquoi ne pas permettre aux États d’emprunter aux Banques centrales pour ce qui concerne les dépenses de fonctionnement, la mauvaise dette, en limitant l’obligation d’emprunt sur les marchés financiers aux dépenses d’investissements, la bonne dette ? Mais un pays, fût-ce la France, peut-il opérer seul un tel changement sans mettre en péril son économie et ses finances ? Un tel changement de règle, s’il devait intervenir, ne relève-t-il pas davantage d’une décision commune européenne ? On sait ce que l’Allemagne en pense mais sait-on ce qu’en penserait le gouvernement américain qui lui ne s’interdit pas d’émettre des obligations auprès de la Réserve fédérale américaine (Entre 2008 et 2012 la Réserve fédérale a acheté 2 300 milliards de dollars de bons du Trésor américain ; source Wikipédia) ?

Dans l’immédiat, gageons que rien ne changera, tant que l’Allemagne redoutera plus que tout l’inflation et tant que les États-Unis ne trouveront aucun intérêt à l’affaire, bien au contraire, l’Europe traînant un boulet qui la rend moins compétitive et qui sape la souveraineté des États qui la composent.

DOCUMENTATION

https://www.youtube.com/watch?v=jxhW_Ru1ke0

https://www.youtube.com/watch?v=ZE8xBzcLYRs

http://www.democratieevolutive.fr/index.php/fr/Economie-a-Valeurs-Ajoutees-Humaines/interets-de-la-dette-de-la-france.html

https://www.youtube.com/watch?v=_CchOY6ZAKk

Contrepoint

 https://www.youtube.com/watch?v=9Febr9kKeaY&index=12&list=PLKVgrNogVYWJqaYEsmyfKUgW2ciQfuHv-
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L’imposture se porte bien

L’imposture est l’une des marques de notre époque. Ce n’est pas la seule mais celle-là est peut-être la plus sournoise. Suivre Roland Gori sur ce thème ne peut que nous éclairer sur ce phénomène.

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La guerre des graines

Avant de signer des accords commerciaux de libre-échange avec le Canada (CETA) puis avec les États-unis (TAFTA), il est bon de savoir avec qui nous négocions et imaginer ce qui pourrait advenir de pareils accords.

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Noam Chomsky analyse notre monde.

Une analyse certes assez pessimiste mais que je partage. Outre le danger d’une guerre nucléaire toujours imminent et celui plus lointain d’un désastre climatique, j’ajouterai le danger d’une universalisation de la culture gagnée par la culture occidentale ce qui correspond en fait au néant culturel.

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Ainsi parlait Jacques Attali

Intéressant de revoir cet enregistrement qui date de 2011 après que monsieur Attali a écrit un livre consacré à la dette : « Tous ruinés dans dix ans » paru en 2010. C’était aussi après avoir présidé la commission pour la libération de la croissance française dont l’un des rapporteurs était Emmanuel Macron, laquelle commission a rendu un rapport publié sous le titre : 300 propositions pour changer la France.

Dans cette conférence consacrée à la question de la dette, Jacques Attali avance comme solution pour l’Europe que celle-ci, en tant qu’entité juridique, puisse recourir à l’emprunt et s’endetter. Or, l’Europe n’ayant en propre aucune dette, elle disposerait d’une capacité d’endettement de 5 à 6 mille milliards d’euros. L’UE pourrait ainsi collectiviser (mutualiser) une partie des dettes des États européens et emprunter pour investir dans des grands projets (susceptibles sans doute de relancer la croissance sur le continent). Évidemment, cela impliquera de lever un impôt européen (qui pourrait être un transfert de taxes et autres contributions) ; cela suppose aussi un budget et un ministre fédéral du budget européen.

Ne pas faire cela, prévient Jacques Attali, signerait la disparition l’Union européenne et la fin de l’euro. Il pensait aussi que l’Allemagne en viendrait tôt ou tard à cette solution.

Par ailleurs, indépendamment de cela, la France devra quand même baisser les dépenses et accroître les impôts.

Six ans plus tard, Emmanuel Macron président met, si j’ai bien compris ce que la presse en rapporte, cette solution Attali sur la table des discussions avec ses partenaires européens et avec la chancelière allemande en particulier laquelle, contrairement à ce qu’envisageait Jacques Attali, ne paraît ni très pressée, ni très enthousiaste. Oui, si c’est nécessaire, aurait-elle répondu.

Pour le reste, Emmanuel Macron devrait suivre nombre des recommandations faites par Jacques Attali qui semble avoir quelque influence sur lui, notamment en matière de baisse des dépenses et d’augmentation des impôts nonobstant les recommandations assez similaires des GOPE fournies par la Commission européenne. Sans doute aussi voudra-t-il achever de mettre en œuvre les 300 propositions de la commission Attali pour libérer la croissance française. Relire le rapport établi par cette commission pourrait s’avérer utile.

Rapport de la Commission pour la libération de la croissance française

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Emmanuel Macron président

Sondage-presidentielle-la-dynamique-Emmanuel-MacronNous venons d’élire notre nouveau président au terme d’une campagne folle, indigne disent certains, violente disent d’autres, escamotée sans doute, mais une campagne qui a bouleversé le paysage politique français.

Totalement imprévu, le duel final d’entre-deux-tours a opposé deux candidats dont aucun n’appartient à l’un des deux grands courants politiques qui ont dirigé le pays depuis les débuts de la cinquième République. Certes, Marine Le Pen était attendue depuis son score aux élections européennes mais Emmanuel Macron, qui n’est d’aucun parti, était une surprise quand tout le monde prévoyait que serait présent le candidat issu des primaires de la droite et du centre.

Il y a à peine trois ans seulement, Emmanuel Macron était encore totalement inconnu du grand public, œuvrant dans l’ombre comme conseillé du président avant de devenir ministre de l’Économie. Et voilà qu’en quelques mois à peine, l’inconnu, le jeune énarque qui jamais ne s’est présenté à aucune élection, accède aux plus hautes fonctions, élu président de la République à moins de 40 ans. Du jamais vu en France. Plus jeune encore que le prince Napoléon, élu au suffrage universel en 1848 (futur Napoléon III) et nettement plus jeune que Valéry Giscard D’Estaing, élu à 48 ans en 1974.

Autre résultat de cette improbable élection, la décomposition de la scène politique qui se distribue désormais entre mondialistes et souverainistes, clivage par lequel devront se répartir les courants et les chapelles appartenant aux futurs-ex-partis de droite et de gauche, PS et LR, sans oublier le centre, UDI et Modem, et les écologistes qui, déjà, sont dispersés façon puzzle comme dirait Michel Audiard.

Le combat politique opposera demain les tenants de la mondialisation – et donc, de l’Union européenne qui en est l’émanation- aux tenants du retour à l’État souverain qui dénoncent les travers de cette mondialisation et qui, donc, sont critiques vis à vis de l’Union européenne, souhaitant une autre Europe ou la rupture avec celle-ci.

Être mondialiste, c’est approuver la globalisation économique, financière, marchande ou culturelle, c’est prôner le libre échange des marchandises et des capitaux dans le monde entier et la libre circulation des hommes au sein de l’Europe. Être mondialiste, c’est aussi, selon l’opinion répandue, être de son siècle, ouvert à la modernité et aux autres, être prêt à accueillir toutes les innovations alors qu’être souverainiste, c’est vouloir recouvrer une souveraineté perdue ce qui suppose un retour à l’état antérieur qui, naturellement, conduit les tenants du progrès à dénoncer le caractère rétrograde de l’entreprise qualifiée de conservatrice, réactionnaire ou passéiste. Être souverainiste, disent les mondialistes, c’est opter pour le repli sur soi qui signe une phobie du monde, des autres, de l’avenir… quand ces derniers dénoncent l’allégeance des États – et donc des peuples – aux instances supranationales qui régissent l’économie globalisée (FMI, Banque Mondiale, OMC entre autres et, en Europe, la Commission européenne), une allégeance coupable de porter atteinte aux droits des peuples à disposer d’eux-mêmes et donc, coupable de porter atteinte à la démocratie.

Dans un monde ouvert et devenu global, les uns se veulent les ardents défenseurs de la liberté individuelle quand les autres défendent la liberté des peuples ; les uns appréhendent leur vie dans « l’ici et maintenant », un ici qui peut aussi bien être un ailleurs (en Suisse : suivez mon regard), un « Heimat » qui est l’endroit où l’on décide de résider, alors que les autres conçoivent leur existence en référence à un patrimoine et à un héritage qui les amènent à éprouver leur vie comme installée dans une identité et dans un projet collectif qui conservent un cadre historique et national.

Sont ainsi posés les éléments soutenant deux conceptions de l’individu dans son rapport au monde tel qu’il est au siècle où nous sommes et où, pour la première fois dans l’Histoire, est posée la question de l’avenir de l’homme aussi bien physiquement (menacée par la guerre nucléaire) que mentalement (quand sont attaquées les identités nationales dans un monde d’uniformisation culturelle). Or, bien souvent, le débat verse dans l’invective, les uns, mondialistes, étant accusés d’être les valets des puissances d’argent (qui existent), accusés également d’être de doux rêveurs pacifistes et libertaires ou alors d’être de ces « bourgeois-bohèmes », sorte d’héritiers des soixante-huitards quand les autres, souverainistes, sont renvoyés au passé obscur des nationalismes qui menèrent aux guerres d’extermination dont on exhume régulièrement les atrocités, devoir de mémoire oblige, parmi lesquelles, horreur des horreurs : la Shoah. Plus tendance et censée tout résumer cette dernière invective : les uns sont des «europhiles» parce qu’opposés à d’affreux « europhobes », une appellation qui sous-entend qu’ils sont un peu malades comme le sont les claustrophobes, les agoraphobes, les nosophobes et, plus encore, les homophobes et les islamophobes de fâcheuse réputation.

C’est donc dans ce contexte qu’est intervenu le premier tour de cette élection présidentielle qui permet d’évaluer les forces électorales des deux camps.

Du côté des mondialistes, on relève :

  • 24,01 % pour Emmanuel Macron, digne représentant des mondialistes,
  • 20,01% pour François Fillon, dont les troupes sont toutefois bigarrée comprenant quelques « euroseptiques » comme Henri Guaino, et
  • 6,36% pour Benoît Hamon représentant d’un PS et d’une partie des écologistes dont certains ne sont pas franchement « europhiles » ou mondialistes.

soit : 50,38%

Du côté des souverainistes, on relève :

  • 21,3% pour Marine Le Pen qui veut renégocier les traités européens ou sinon sortir de l’UE afin de pouvoir mettre en œuvre son programme de préférence nationale
  • 19,58% pour Jean-Luc Mélenchon qui veut à peu près la même chose que le FN vis à vis de l’UE mais pour pouvoir mener une politique qui soit vraiment de gauche
  • 4,7% avec Nicolas Dupont-Aignan qui veut une autre Europe, une Europe des nations
  • 1,72% pour les partis de la gauche révolutionnaire farouchement opposés à la mondialisation
  • 0,92% pour François Asselineau qui propose une sortie de l’EU, de l’euro et de l’OTAN et qui est le plus nettement antimondialiste
  • 0,18% pour Jacques Cheminade qui combat le pouvoir de la finance internationale

soit :48,30% (Nonobstant le score de Jean Lasalle, le poète-paysan égaré en politique, celui-ci étant inclassable ce qui, pour moi, est une forme d’hommage à l’homme).

 

Autant dire que la France est également partagée avec, contrairement à ce qui apparaît dans les chiffres, un léger avantage aux souverainistes car il existe quelques égarés, troupes de Jean-Pierre Chevènement ou d’Arnaud Montebourg chantre du « produire français » restées proches du PS et chez Les Républicains, ceux qui suivent un personnage comme Henri Guaino qui cultive l’ambiguïté. Avantage aussi du fait que les souverainistes se répartissent dans des formations relativement nouvelles comme le FN, version relookée par Marine Le Pen qui demain changera sans doute d’appellation, La France insoumise de Jean-Luc Mélenchon, Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan et l’UPR de François Asselineau alors que les mondialistes, soi-disant novateurs, appartiennent à des partis politiques vieux comme Mathusalem avec un PS créé en 1969 succédant à une SFIO née en 1905 et un parti Les Républicains, dernier avorton de l’UNR fondée en 1958 avec le retour de de Gaulle au pouvoir et qui donna l’UDR, en 1967, puis le RPR, en 1976, et l’UMP en 2002. Tout cela fait sacrément daté pour qui, étant mondialiste, se veut le chantre de la modernité. Mais tout cela est amené à changer à l’issue de cette élection.

Nous allons donc vivre, sauf imprévu, cinq années supplémentaires où rien de fondamental ne se produira. Le mandat d’Emmanuel Macron sera dans la continuité de ce qui se fait depuis que s’applique le traité de Maastricht (et ceux qui suivent) si bien que l’hôte de l’Élysée n’est plus qu’un simple gestionnaire-comptable ainsi que l’avouait François Mitterrand qui, en maître d’œuvre machiavélique, avait ouvert cette voix européenne sans doute pour y laisser sa trace dans l’Histoire quand, en France, en 1983, était devenu patent son échec à créer une France socialiste à laquelle il ne croyait pas lui-même. Sans doute aussi, espérait-il ainsi, sur la scène européenne, dépasser la figure de de Gaulle, son rival historique.

Mais en réalité, en œuvrant pour la future Union européenne, François Mitterrand n’a fait que servir les intérêts américains auxquels de Gaulle avait toujours tenté de résister.

Nous en sommes là.

Nous en étions là car une partie de l’édifice mitterrandien vient de s’effondrer : le PS d’Épinay est mort.

François Hollande, l’homme du compromis, l’homme de la synthèse, le fils spirituel de François Mitterrand, le plus petit commun dénominateur des primaires socialistes de 2012 après qu’un scandale a éliminé le favori d’alors, un certain DSK (tiens donc, un scandale ! mais aucun rapport avec François Fillon), François Hollande, donc, fut un élu par défaut, objet du rejet d’un Nicolas Sarkozy jugé indigne de la fonction présidentielle. Ayant échoué dans sa lutte contre le chômage, faute de pouvoir se présenter à sa propre succession, François Hollande a achevé de détruire l’édifice mitterrandien dont il était l’héritier mais, pour ne pas mourir totalement, il a passé le relai à sa créature, Emmanuel Macron.

Ainsi que je l’écrivais dans mon dernier livre : « L’impuissance au pouvoir », ce dernier était non pas un félon mais un missile chargé de dynamiter la droite et le centre et de rapporter les 7 millions d’électeurs qui avaient soutenu François Bayrou en 2007 sur le thème « ni droite, ni gauche ». Candidat « surprise », il est élu, porté par l’oligarchie qui tient les médias et les organismes de sondages ;  il laisse derrière lui un PS moribond et une droite aux abois, en attendant les élections législatives qui promettent de nouvelles surprises.

À suivre dans les jours qui viennent.

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Élections de 2017 : le changement c’est maintenant.

Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, on peut déjà dire que cette élection est à nulle autre comparable et qu’à l’issue de celle-ci le paysage politique français ne sera plus celui qu’il était avant elle.

Ce fut d’abord un jeu de quilles qui vit disparaître lors des primaires de la droite et du centre quelques dinosaures et autres favoris comme Alain Juppé et Nicolas Sarkozy ou bien encore Jean-François Copé ; ce fut ensuite la défection du candidat naturel de la gauche, le président sortant qui, pour la première fois sous la cinquième république, ne postula pas à sa propre succession ; ce furent encore l’élimination d’Arnaud Montebourg qui faisait son « grand » retour et de Manuel Valls, favori de son camp, lors de primaires socialistes ridiculement nommées « La belle alliance populaire », une alliance tellement belle que Manuel Valls s’en est allé rejoindre le soi-disant félon Emmanuel Macron. Puis ce fut au tour de François Bayrou de disparaître dans la mouvance « En marche », ralliant celui qui cherchait à lui ravir ses voix de 2007 obtenues sur le thème du « ni droite, ni gauche ».

Mais le jeu de massacre de cette élection ne concerne pas seulement les personnalités, il touche aussi les partis traditionnels. Ce fut le parti des écologistes qui, le premier, vola en éclat avant même que ne s’engage la campagne électorale. Exit EELV. Puis ce fut la déconfiture de ce qui restait encore d’un PS représenté par le pâle « frondeur » Benoît Hamon et qui, à terme, n‘atteignant pas le second tour, ne pourra qu’exploser. Et l’on verra les uns rejoindre Jean-Luc Mélenchon quand les autres prendront le train « En marche » avec Emmanuel Macron. Nul doute également que si François Fillon n’emportait pas cette élection, le parti « Les Républicains » ne résisterait pas à la défaite. Et l’on assisterait alors à une dispersion (débandade) de ses membres, les uns allant chez Nicolas Dupont Aignan, les autres chez Emmanuel Macron – plus nombreux sans doute, surtout en cas de victoire de celui-ci -, quand d’autres s’en iront grossir les rangs du FN de Marine Le Pen ou de l’UPR de François Asselineau.

Autre résultat, contrepoint des perdants de cette élection : les gagnants. Quel que soit le vainqueur au soir du 07 mai, on peut dire que sortent grandis de la campagne électorale aussi bien Emmanuel Macron, le chouchou des sondages et des médias, Marine Le Pen qui a toutes les chances de parvenir au second tour devenant dès lors incontournable, Jean-Luc Mélenchon qui aura confirmé sa percée de 2012, et François Asselineau sorti non pas de nulle-part mais de l’anonymat médiatique où il était cantonné alors qu’il filait sa pelote sur le Net. Ces personnalités et leurs programmes font apparaître un nouveau clivage, celui qui distingue les partisans d’une mondialisation heureuse (et donc de l’Union européenne dont elle est une émanation) et ceux qui défendent la souveraineté nationale et qui veulent soit réformer l’Union européenne, soit s’en extraire. Ce clivage, masqué lors des primaires de droite comme de gauche où se retrouvaient une majorité écrasante de mondialistes « europhiles », se dévoila ensuite, lors de la seconde phase de cette campagne, à l’instigation du Front national dont le patriotisme affirmé en fait un europhobe (à moins que ce ne soit l’inverse, l’UE étant « souverainophobe »), mais aussi des rebelles comme Jean-Luc Mélenchon, à gauche, ou Nicolas Dupont Aignan, à droite, et enfin avec François Asselineau qui propose un Frexit. Aussi désormais, secondaire apparaît le clivage droite/gauche où se répartissent des mondialistes « europhiles » de droite, François Fillon, de gauche ou du centre gauche, Emmanuel Macron, et des souverainistes de droite avec Marine Le Pen et Nicolas Dupont Aignan, et de gauche avec Jean-Luc Mélenchon. Demeure à part le cas de François Asselineau, un souverainiste qui n’est ni de gauche ni de droite (l’anti Macron en somme).

Enfin, ultime conséquence de cette élection, celle qui marque la mort des primaires qui ont été catastrophiques aussi bien pour la droite que pour la gauche ; elles étaient sensées apporter une solution au défaut de leadership dans les grands partis traditionnels mais elles se sont révélées en fait comme annonciatrices et actrices de la décomposition interne de ces partis, une décomposition qui n’est sans doute pas étrangère, d’ailleurs, à la celle du pouvoir Élyséen qui est aussi celle de l’État français dont l’impuissance est devenue criante durant la présidence de François Hollande. Exit alors les partis dits de pouvoir.

À l’occasion de cette élection présidentielle, on peut vraiment dire qu’une page de notre histoire politique se tourne.

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